1. Géographie
1.1 Climat
Trois caractéristiques marquent les climats :
▪ la continentalité (400 km de la mer) : les flux maritimes humides y arrivent très affaiblis ;
▪ l’extension en latitude entre 2° au 6° N. explique la diversité des nuances climatiques dans le sens méridien ;
▪ enfin, l’environnement forestier au sud du 4ème parallèle et savanicole au nord ; il n’en demeure pas moins que le climat est pluvieux.
Le climat est équatorial à 4 saisons au sud de 4° N. à l’exemple de la station de Moloundou à l’extrême sud-est. Les saisons de répit des précipitations ou « saisons sèches » vont de décembre
(63 mm) à janvier (57 mm) et de juin à août. Le temps est brumeux et orageux. Les saisons des pluies vont de mars à mai et de septembre à novembre. Il y tombe 683 mm d’eau. Ce d’autant plus qu’il peut avoir des variations climatiques. La dynamique des paramètres climatiques dans la Région de l’Est s’est distinguée par une tendance à la diminution des quantités de la pluviométrie et une inégale répartition spatiale et temporelle, ainsi qu’une augmentation des températures
1.2 Sol et relief
Les sols de la Région de l’Est dérivent de l’altération des roches cristallines riches en silice et en alumine. Ils sont par conséquent acides. Le climat, subtropical et tropical dans le secteur nord couvert de savane, est à l’origine de la formation des sols ferrugineux tropicaux. Par contre, la partie sud, chaude et humide, sous forêt équatoriale, altère les roches en sols ferralitiques rouges, riches en fines concrétions de fer mais pauvres en bases du fait du lessivage. À l’est de Bertoua, ces sols sont cuirassés. Au sud de Yokadouma, on trouve, en pleine zone de forêt, des sols ferrugineux tropicaux sur roches basiques ou sur roches diverses au sud de Ngoyla. Ces cuirasses sont d’épaisses indurations des sols, témoins de climats anciens chauds et secs formées en l’absence de la forêt actuelle. Dans certaines conditions, elles peuvent constituer la matière première pour l’industrie.
Trois niveaux topographiques se partagent le territoire de la Région : celui de Moloundou Yokadouma inférieur à 600 m à caractère hydromorphe prononcé qu’il faut rattacher à la surface du Congo ; celui de Bertoua 600-800 m, le plus étendu, la surface fondamentale du Sud Cameroun qui se poursuit en Centrafrique et enfin le niveau de Bétaré-Oya qui culmine à plus de 800 m qui est le raccord de la surface fondamentale au plateau de l’Adamaoua. Les roches sont très anciennes, datées du Précambrien inférieur (roches éruptives anciennes et complexe de base), constituées de granite et de gneiss ; elles sont du Précambrien moyen et supérieur au sud d’Abong-Mbang (série d’Ayos-Mbalmayo-Mbengbis) où affleurent les schistes, les micaschistes et les quartzites. Au sud et sud-est de la Région (Moloundou) les roches cristallophylliennes ont conservé leurs structures sédimentaires et sont particulièrement déformées, plissées et fracturées (Région de Salapoumbé). C’est au cours de la cristallisation que se forment les minerais qui constituent aujourd’hui la matière première pour notre industrie. La diversité des roches cristallines et cristallophylliennes de la Région de l’Est est un atout inestimable dans le cadre de la prospection minière. Les cuirasses ferrugineuses et bauxitiques dérivent d’une évolution complexe des altérations du socle

Source : Données des cartes géologiques et analyses Tropical Forest Management (TFM), 2020.
1.3 Hydrographie
Le potentiel hydrographique de la Région est considérable au regard de la forte densité et des débits élevés liés à l’origine équatoriale des fleuves et rivières qu’il réunit. Ceux-ci sont pour la plupart des fleuves et rivières d’essence équatoriale qui souffrent peu de la variation de leur débit au cours de l’année. Par contre, ils sont impropres à la navigation fluviale soit parce qu’ils sont entrecoupés de chutes et de rapides, soit parce que leur lit est encombré d’un tapis herbacé. Le potentiel hydrographique est constitué de deux grands bassins fluviaux : le bassin de l’atlantique (Sanaga et le Nyong) et le bassin du Congo (Dja, Sangha, Bok).
Le potentiel drainant de la Région de l’Est se concentre, au vu du potentiel hydrographique sur trois rivières : la Kadey, le Dja et la Boumba. Le potentiel du premier aux chutes de Boden est de l’ordre de 5 TWh/an ; le Dja est la rivière qui offre le plus grand potentiel aux chutes de Cholet. Il atteint 13 TWh/an. La rivière Boumba s’encombre de rapides et de chutes entre de longs biefs, engendrant un potentiel évalué à 8TWh/an. Selon Meukam (2016), les autres rivières de la Région de l’Est présentent un potentiel faible de l’ordre de 2 TWh/an. Il faut ajouter au potentiel énergétique des rivières de la Région de l’Est, les longs biefs où elles roulent des eaux calmes, profondes donnant des possibilités de navigation ou de cabotage. La partie amont du Nyong a longtemps été le terminus d’une voie d’eau entre MBalmayo et Abong- Mbang. Un tapis herbacé encombre aujourd’hui le lit du fleuve, annihilant toute possibilité de navigation et de flottaison des grumes jusqu’à Mbalmayo.
Bassins hydrographiques de la Région de l’Est

Source : Données Olivry J.C., 1986 ; SUCHEL 1972 et analyses Tropical Forest Management (TFM).
1.4 Faune
Les aires protégées de la Région comprennent les réserves de faune, les parcs nationaux et les ZIC. On dénombre six (06) aires protégées dont deux (02) réserves de faune (Dja, Ngoyla) et quatre (04) parcs nationaux (Mbam et Djerem, Lobéké, Boumba Bek, Deng Deng et Nki) pour une superficie totale de 1 932 919 ha. Plus de la moitié des aires protégées de la Région de l’Est est répartie entre la réserve de faune du Dja (environ 33,93%) et le parc national de Nki (18,68%). Le parc national de Ndeng-Ndeng n’occupe qu’un peu plus de 4% de la superficie totale de ces aires. Il est important de préciser que toutes ces aires protégées sont assises à 100% sur le territoire de la Région de l’Est, à l’exception du parc national de Mbam et Djerem dont environ 10% seulement de la superficie se trouve dans cette Région.
Aires protégées dans la Région de l’Est

Source : Données World Ressources Institute (WRI) et analyses Tropical Forest Management (TFM), 2020
L’exploitation économique des ressources fauniques s’articule autour des activités de chasse et des activités de développement du tourisme cynégétique. L’exercice des activités de chasse est réglementé et donne lieu à l’attribution d’un certain nombre de titres, à savoir le permis sportif de chasse, le permis de capture, le permis de collecte des dépouilles, la licence de guide chasse. et la licence d’exploitation de Game ranch et Game Farmy. La chasse traditionnelle est autorisée aux populations riveraines pour lesquelles elle a un impact dans l’alimentation des ménages et tient de ce fait une place importante dans l’économie des ménages. Il existe, de manière schématique, trois types de chasse au Cameroun : la chasse de subsistance, la chasse commerciale et la chasse sportive (Koulagna, 2001).
La chasse de subsistancer elève d’un droit reconnu aux populations rurales de vivre des produits issus de la forêt. Sa pratique s’appuie sur les règles coutumières, mais elle connaît toutefois certaines restrictions légales comme l’interdiction de chasser les espèces protégées, d’utiliser des armes à feu et des câbles en aciers. De plus, les produits de la chasse de subsistance ne peuvent être vendus, selon les termes de la loi forestière 94/01.
La chasse commerciale est, en pratique, proche de la chasse de subsistance, mais sa finalité est de vendre les gibiers chassés. La viande issue de cette chasse est souvent boucanée pour être transportée vers les centres urbains pour la vente. Des réseaux de commercialisation existent sur le territoire national pour acheminer la viande de brousse vers les lieux de vente. Cette chasse commerciale est presque toujours exercée sans permis légal et est assimilée à du braconnage.
La chasse sportive est organisée dans des zones spécialisées (Zone d’Intérêt Cynégétique et Zone d’Intérêt Cynégétique à Gestion Communautaire) à l’intention de chasseurs souvent étrangers à la recherche de trophée. Cette chasse encadrée par l’administration forestière se pratique au moyen d’armes à feu, respecte les périodes d’ouverture et de fermeture de chasse et est soumise au paiement des taxes. Une partie des taxes est reversée aux populations riveraines.
Selon la loi, la chasse sportive est celle pratiquée à pied, avec une arme moderne autorisée conformément aux textes en vigueur, et conduite selon des normes définies par l’Administration chargée de la Faune. La chasse sportive est pratiquée dans le cadre de safaris ouverts à des chasseurs amateurs, presque toujours occidentaux, dans des zones spécifiques qui sont affermées par l’État camerounais à des guides professionnels (Koulagna, 2001).
Au sens de la loi 94/01 et de ses décrets d’application, est considérée comme zone cynégétique, toute aire protégée réservée à la chasse, gérée par l’Administration chargée de la Faune, une personne physique ou morale, une collectivité publique locale, et dans laquelle tout acte de chasse est subordonné au paiement d’un droit fixé par la loi des Finances. Aucun acte de chasse ne peut y être perpétré contre les espèces intégralement protégées. Il existe aujourd’hui deux types de zone de chasse sportive au Cameroun : Les Zones d’Intérêt Cynégétique (ZIC) et les Zones d’Intérêt Cynégétique à Gestion Communautaire (ZICGC). Dans la Région de l’Est, on dénombre de 12 ZIC couvrant une superficie de 1 161 025 ha. Il faut relever que 90% de ces ZIC sont localisées dans le Département de Boumba et Ngoko, le Lom et Djerem et le Haut-Nyong n’ayant qu’une seule ZIC par Département et rien dans la Kadey. Au total 14 ZICGC ont été créées dans la Région de l’Est, couvrant une superficie de 936 154 ha. Toutes ces ZICGC sont localisées dans le Département de la Boumba-et-Ngoko
ZIC et ZICGC dans la Région de l’Est

Source : Données World Ressources Institute (WRI) et analyses Tropical Forest Management (TFM), 2020
1.5 Flore
Du point de vue de la couverture végétale, 2 grands domaines s’opposent de part et d’autre du 4ème parallèle. Le domaine de la savane au nord et celui de la forêt au sud. Entre les deux, une zone de transition ouest-est, comprise entre la latitude d’Abong-Mbang et celle de Bertoua. Une excroissance s’étend du nord de Bertoua à la confluence du Lom-Pangar. La zone de transition ou de la mosaïque forêt-savane est celle où on trouve les densités de population moyennement élevées et les grandes agglomérations urbaines. La forêt semi-décidue y est déchiquetée, mitée favorisant le processus de savanisation. Dans la zone de forêt sempervirente, l’impact de l’homme est aussi marqué, mais se concentre de préférence le long des voies de communication :
lignes de départ d’une dégradation centrifuge, lente mais efficace. La zone de savane péri forestière subit fortement les influences humaines liées à l’élevage transhumant, à l’usage de feux de brousse pour préparer le terrain à mettre en culture ou pour avoir de l’herbe précoce pour les nombreux cheptels venus du Nord Cameroun et des pays voisins.

2. Milieu Humain
2.1 Données démographiques
Population de l’EST : la population de la Région de l’Est est estimée en 2020 à 1 152 275 personnes avec un taux de croissance annuel moyen de 2,6% sur la base du Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH) de 2005. Elle est constituée de 49,8%
d’hommes et 50,2% de femmes. Elle fait partie des Régions camerounaises de population jeune à cause du poids important de sa population de moins de 15 ans (44,7%).
| Départements | Genre | Population | Proportion |
| Boumba-et-Ngoko | Hommes | 86 203 | 50,1% du Département |
| Femmes | 86 027 | 49,9% du Département | |
| Total | 172 230 | 14,9% de la Région | |
| Kadey | Hommes | 135 392 | 49,3% du Département |
| Femmes | 139 477 | 50,7% du Département | |
| Total | 274 869 | 23,9% de la Région | |
| Haut-Nyong | Hommes | 146 497 | 49,9% du Département |
| Femmes | 146 917 | 50,1% du Département | |
| Total | 293 414 | 25,5% de la Région | |
| Lom-et-Djérem | Hommes | 205 490 | 49,9% du Département |
| Femmes | 206 272 | 50,1% du Département |
Source : Projections du BUCREP, 2020

Source : Projections du BUCREP, 2020
La densité de la population de l’Est est estimée à 10,6 habitants/km². La carte ci-dessous présente la densité de la Région selon le Département. Il est à noter que la Kadey est le Département le plus dense avec 17,3 habitants/km² et le Département de la Boumba-et-Ngoko est le moins dense avec seulement 5,7 habitants/km².
Population des réfugiés : Au Cameroun, les réfugiés (centrafricains et nigérians) sont au nombre
de 452 420 au 30 mars 2022, dont 333 409 réfugiés centrafricains, soit 73,7% du total. Ainsi,
206 561 réfugiés se trouvent dans la Région de l’Est. Les réfugiés sont encadrés par le Haut- Commissariat des Réfugiés (HCR), 143 296 (69,4%) sont installés dans les villages et 63 265 (30,6%) dans les camps. Les cinq (05) premières Communes abritant un plus grand nombre de réfugiés sont les suivantes : Garoua-Boulaï (45 034), Kenzou (41 443), Kette (26 718), Bétaré- Oya (14 337) et Mandjou (10 337). Environ 10 000 réfugiés ne figurent pas sur les fiches de recensement du HCR, majoritairement dans la Commune de Garoua-Boulaï.
Le nombre de réfugiés au Cameroun représente une proportion de 1,8% de la population. La Région de l’Est concentre une proportion de près de 18% de réfugiés par rapport à sa population.
Situation des réfugiés dans la Région de l’Est par Département
| Départements | Kadey | Lom–et– Djerem | Boumba-et– Ngoko | Haut–Nyong | Région | Pays |
| Nombre de réfugiés | 71 594 | 129 542 | 5 425 | 0 | 206 561 | 452 420 |
| Population | 274 869 | 411 762 | 172 230 | 293 414 | 1 152 275 | 24 910 305 |
| Pourcentage de réfugiés dans la population (%) | 26,0 | 31,5 | 3,1 | 0 | 17,9 | 1,8 |
2.2 Groupes ethniques et relations interethniques
Comme les autres circonscriptions administratives de niveau supérieur du Cameroun, la Région de l’Est se caractérise par une grande diversité ethnique. À l’heure actuelle, la population de la Région de l’Est renferme une vingtaine de groupes ethniques de souche dont les plus connus sont les Gbaya, les Maka, les Kako’o, les Kozimé (Ndjem, Bikele), les Bagantou, les Mezimé, les bobilis, les Képéré, les Bambelé, les MvonMvon, les Mbimou, les Pols, les Baka, les Biroko, les Kounabembé, les Maka du Nord, les Yangéré et les Mboman. Venus de l’Adamaoua, du Sud- Cameroun ou de la boucle du Congo, nombre de ces groupes ethniques de souche sont installés dans la Région de l’Est depuis plusieurs siècles. Aux groupes ethniques de souche s’ajoutent dans la Région plusieurs groupes de population issus d’autres Régions du Cameroun et de l’étranger. Parmi les groupes de population venus des autres Régions figurent : les Bamiléké, les Béti (Ewondo, Bulu, Eton, Mvele, Ntumu, Bene, Ezoum, Yébekolo), les Peuls, les Bamoun, les Haoussa, les communautés anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (Banso, Bakweri, Bayangui) et les Bassa. Parmi les groupes de population venus de l’étranger, on y trouve des Maliens, des Nigérians, des Nigériens, des Centrafricains et des Congolais qui occupent des positions fortes dans le commerce de détail, l’orpaillage, le trafic de l’or et l’exploitation forestière.
2.3 Religion
La population de la Région de l’Est se caractérise par une grande diversité de croyances et de pratiques religieuses. D’après les résultats du 3ème RGPH (2005), on y dénombre 38,4 % de catholiques, 26,3 % de protestants, 7,5 % de musulmans, 12 % de pratiquants des religions chrétiennes dites émergentes, et 15,8 % d’animistes. Les croyances animistes et/ou naturelles se caractérisent par des mythes et des rites variés mais ayant comme points communs le culte des ancêtres.